Les chansons phares de 1970

Globalement, le monde du disque n’a pas encore changé depuis mai 68

23 janv. 2010 Daniel Lesueur

De Joe Dassin à Dalida, la variété française se porte bien. James Brown continue de faire danser la planète... et Cat Stevens fait rêver les midinettes

La révolution culturelle n’a pas encore soufflé sur le show business qui, dans l’ensemble, est assez conservateur. Dans l’Hexagone, l’arrivée de ce que l’on appellera la Nouvelle chanson française se fera en 1972, soit… 4 ans après mai 68.

Darla dirladada (Dalida)

Il n'est plus besoin de présenter l'un des plus gros succès de l'année (n°1 en juin en France, avec 75 000 exemplaires vendus la semaine de sa sortie, et très bien classé dans de nombreux pays durant tout l'été : www.infodisc.fr). Ce titre d'origine grecque (plus précisément du Péloponnèse) qui se verra ravivé huit ans plus tard par la troupe du Splendid' (Les Bronzés) doit ses paroles originales à Boris Bergman, déjà responsable du tube de l'été 1968, "Rain and tears". Ayons une pensée émue pour les animateurs de radio qui, à longueur de journée, devaient répéter cette litanie de syllabes : Da-li-da : Dar-la-dir-la-da-da... Da-li-da : Dar-la-dir-la-da-da. Pour la petite histoire, signalons qu'originellement "Darla dirladada" était destiné à un obscur chanteur qui le resta : Peter Lelasseux. Mais Lelasseux aurait pu tirer son épingle du jeu. Eddie Barclay, en effet, essaya, paraît-il, d'empêcher la commercialisation du disque de Dalida : par voie d'huissier, il signifiait son mécontentement, n'ayant pas eu tout loisir de renégocier le contrat à armes égales avec le frère de la chanteuse, Orlando. Mais l'orage s'éloigna rapidement : Dalida et Barclay se réconcilièrent ; quant à Orlando, il ne lui en tint pas rigueur, n'hésitant pas à proclamer que Eddie "reste le dernier seigneur de notre métier".

L’Amérique (Joe Dassin)

Il s’agit de l’adaptation de « Yellow River » du groupe britannique Christie, N°1 au hit-parade britannique en juin 1970. Une chanson qui, indiscutablement, évoque le conflit au Vietnam : c’est l'histoire d'un homme qui a gagné la guerre et s'en va retrouver la fille qu'il aime, au bord de la Rivière Jaune. Un sujet délicat à traiter en France où l’on n'a pas oublié l'Indochine. Le parolier Pierre Delanoë entreprend de retracer la véritable histoire de Joe et de sa famille. Une famille obligée de quitter son pays d’adoption, les Etats-Unis, et dont le fiston (Joe en l’occurrence) ne rêve que d’une chose : y retourner ! Joe Dassin, en effet, est né à New-York en 1938. Son père Jules Dassin est un célèbre metteur en scène de cinéma chassé des States suite à l'insupportable vague de Mac Carthysme : on en vient à suspecter tout citoyen de gauche de possibles activités anti-américaines.

Lady d’Arbanville (Cat Stevens)

La chanson qui pulvérise les hit-parades à l'été 1970 est dédiée à l’ancien amour de Cat Stevens, une égérie des sixties, Patricia d'Arbanville. New-Yorkaise, de mère norvégienne dont le grand-père était français, elle est née en 1951. Dès l’âge de treize ans, elle fréquente les Doors, Jimi Hendrix et Frank Zappa. Elle n’a que seize ans lorsque Andy Warhol lui donne l’un des trois rôles de "Flesh". A Londres, elle devient l’amie du Rolling Stone Mick Jagger, qui lui présente Cat Stevens, qui sortait à peine de l’hôpital (épuisement et tuberculose) . Un amour naît. Mais l'attirance de Patti pour Cat tourne court. L'artiste, torturé, vit dès lors dans un "monde sauvage" ("wild world"), titre de son succès suivant.

Sex machine (James Brown)

c’est l’âge d’or de la soul et de James brown : après « It’s a man’s man’s man’s world », « Papa’s got a brand new bag » voici « Sex Machine » qu’il avait composé en quelques minutes, un soir, à la fin d’un concert, au dos d’une affiche. Enthousiasmé par ce qu’il venait d’écrire avec Bobby Byrd, James se précipita au studio d’enregistrement. La même nuit, « Sex Machine » -dont le titre complet est « Get Up (I Feel Like Being A) Sex Machine »- était achevé. Comment gagner des millions de dollars en quelques minutes ? Brown y était parvenu… mais il n’avait pas la recette ! Brown avait mangé son pain blanc… Avec l’arrivée progressive du disco, les disques funky se vendront de moins en moins. Malgré un rythme régulier d’un nouveau 45 tours tous les deux ou trois mois, aucun ne retrouve le succès de « Sex Machine ». Découragé par cinq années de vains efforts, James enregistre un remake de son tube, mais « Sex Machine 1975 » n’entre même pas dans le Top 50, pas plus qu’en 1979 la réédition de la version originale.

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